70 ans du droit de vote féminin: les femmes sont-elles moins combatives en politique par nature ou parce qu’on les éduque à ça ?

24 avr

Interview pour Atlantico le 21 avril 2013

70 ans du droit de vote féminin : les femmes sont-elles moins combatives en politique par nature ou parce qu’on les éduque à ça ? 

Cela fait aujourd’hui 70 ans que les femmes ont obtenu le droit de vote, et pourtant elles n’ont toujours pas rattrapé leur retard sur les hommes en politique : elles ne représentent que 27 % des députés à l’Assemblée nationale, et aucune n’a encore accédé à l’Élysée.

Atlantico : C’est le 21 avril 1944 que les femmes ont obtenu le droit de voter et d’être élues, et ce grâce à une discrète ordonnance produite lors de la Libération. Pourtant, encore aujourd’hui, elles ne sont que 27 % à l’Assemblée nationale. A quoi cela est-il dû ? Les femmes sont-elles par nature moins enclines que les hommes à s’investir dans des fonctions politiques ? 

Lydia Guirous : Je crois que l’on ne peut pas corriger quasiment deux millénaires de sociétés patriarcales en 70 ans. Toutefois, les choses évoluent dans le bon sens et même plutôt vite. Certes 27%, c’est encore faible, bien que l’objectif ne soit pas non plus une parité arithmétique parfaite, qui serait plus une caricature qu’autre chose. En revanche, ce qui est plus intéressant à signaler depuis 70 ans, c’est que l’ensemble des structures et des viviers de pouvoir se sont féminisés : les grandes écoles, la haute-fonction publique, les cabinets ministériels, les médias…Finalement, l’ensemble des tremplins vers l’exercice du pouvoir politique est ouvert aux femmes…à elles de faire leur place progressivement car les hommes ne la leur laisseront pas facilement.

Atlantico :  Il est surprenant qu’après 70 années les choses aient aussi peu évolué dans la répartition des responsabilités politiques entre hommes et femmes. Le poids de l’éducation est-il encore là ? Insidieusement, notre société les éduque-t-elle encore à se mettre en retrait de ce domaine ?

Je ne partage pas votre point de vue, notamment en ce qui concerne les jeunes femmes de ma génération ou celle d’après. C’est sans doute vrai pour les femmes plus âgées qui restent souvent partagées entre un désir total d’émancipation et de parité et en même temps plongées dans la reproduction de mécaniques patriarcales, comme leurs mères ou leurs sœurs. Pour les femmes plus jeunes, il n’y a plus de barrières éducatives…si barrières il existe, elles sont plus psychologiques que socio-éducatives.

 Atlantico : Les métaphores claniques et guerrières sont nombreuses en politique. Le côté belliqueux plaît-il aux hommes, et à l’inverse a-t-il tendance à rebuter les femmes ? Est-ce le signe qu’il faudrait changer la manière de faire de la politique ?

La politique est un monde violent et le côté belliqueux de cet exercice n’est pas que rhétorique… il correspond à une réalité. Mais au risque de vous surprendre, ce n’est pas au monde politique de s’adapter aux femmes, mais l’inverse. Et d’ailleurs, elles le font… certaines avec un très grand zèle ! Cessons de victimiser les femmes ou de les faire passer pour de petits êtres fragiles et sous tutelle ou domination masculine… Les femmes en politique sont des hommes comme les autres.

 - Atlantico : Michèle Alliot-Marie déclarait dans une interview à Atlantico (voir ici) qu’en politique, « beaucoup de femmes sont plus misogynes que les hommes. » Etes-vous d’accord avec cette déclaration, et quelle explication lui donner ?

Je suis tout à fait d’accord avec elle. Je rajouterai même que souvent en politique, les pires ennemis des femmes sont les femmes elles-mêmes. Les femmes en politique sont des courtisanes comme les autres, et pour parvenir à atteindre leurs buts, elles sont prêtes à « tuer » leurs propres sœurs (toutes celles qui leurs ressemblent). La fin justifie les moyens… C’est peu glorieux et peu moral, mais les univers de pouvoir sont souvent comme cela…

Atlantico : Plus nombreuses à des postes de décision, que peuvent-elles apporter à la manière dont les affaires du pays sont menées ? Quelles seraient les vertus d’une classe politique davantage féminisée ?

Ne comptez pas sur moi pour vous dire que les femmes ont des qualités spécifiques à leur sexe et que la politique faite par les femmes serait différente de celle menée par les hommes. Tout cela est ridicule et entretient une différentiation artificielle qui finalement fragilise les femmes. Les femmes ont les mêmes qualités que les hommes, c’est d’ailleurs pour cela qu’elles représentent la moitié des promotions de l’ENA, d’HEC, 60% des promotions d’avocates et plus de 80% des promotions de magistrats ! Comment certains peuvent-ils dans ces conditions continuer à entretenir le mythe de la différence de management entre les femmes et les hommes ! Tout cela est ridicule : les femmes sont des hommes politiques comme les autres et des managers et des professionnels comme les autres.

 Lien vers Atlantico ici  

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