Najat Vallaud-Belkacem : l’égalité hommes-femmes… sauf pour les musulmanes ?

25 août

FIGAROVOX/HUMEUR - Pour Lydia Guirous, la réaction de Najat Vallaud-Belkacem à la polémique déclenchée par Nadine Morano prouve la lâcheté de la ministre des Droits des Femmes, qui, au nom du politiquement correct et du relativisme culturel, renonce à ses valeurs féministes.

Madame La Ministre des Droits des Femmes,

J’ai été très surprise par votre approche du Droit des Femmes et de l’égalité hommes-femmes, après la polémique soulevée par Nadine Morano. Surprise, déçue et inquiète pour la cause des femmes en France, que vous êtes pourtant censée incarner.

En tant que femme et féministe, face à une femme voilée, en pantalon, tunique à manches longues sur une plage, ou en burqa, je ne peux m’empêcher de ressentir un sentiment d’injustice, de révolte, et de peine. Plus encore lorsque ces filles, dès la puberté, sont soumises à la même rigueur vestimentaire. Difficile de rester insensible devant ces femmes condamnées à porter ce signe ostentible d’appartenance religieuse, même par 30 degrés, alors que leurs maris, leurs frères et leurs fils profitent librement des plaisirs d’un bain de mer et du soleil. N’y voyez vous pas quelque chose de choquant, vous qui essayez depuis le début du quinquennat de François Hollande de vous ériger en grande prêtresse de l’égalité homme-femme?

Votre réaction m’a laissé pantoise. Au nom d’un relativisme culturel et d’un «politiquement correct» teinté de culpabilité post-coloniale, il faudrait donc s’interdire de remettre en question toute action ou comportement qui portent atteinte à l’égalité, à la liberté et au respect de nos principes fondateurs, tels que la laïcité? Les Droits des Femmes ne concerneraient donc plus les femmes musulmanes de France. En somme, vous nous proposez donc un Ministère des Droits de certaines Femmes, dont seraient exclues les femmes musulmanes qui souffrent en silence, contraintes à porter le voile, le hijab, le niqab ou la burqa…

Vous me direz, Madame La Ministre, que la liberté de conscience est garantie par la Constitution et que la femme prise en photo de dos par Madame Morano ( procédé que je condamne par ailleurs) respecte la loi, car son visage est découvert et qu’elle se trouve dans un lieu public. Je suis d’accord. Toutefois, face à la liberté de conscience, c’est la liberté des femmes, l’égalité entre les hommes et les femmes, et le respect des valeurs de la France qui sont en jeu. La laïcité et l’attachement viscéral de la République pour l’égalité hommes-femmes ne font-ils plus le poids face à cette nouvelle forme de liberté de conscience nourrie au sein du relativisme culturel? À cette allure pourquoi lutter contre les mariages forcés ou l’excision, puisque ces pratiques peuvent aussi trouver des justifications dans le relativisme culturel et dans le respect de la culture de l’autre…Est-ce l’approche des Régionales qui vous rend si frileuse?… Surtout ne pas perdre de voix quitte à trainer les principes de la République dans la boue! Est-ce cela être Ministre de la République aujourd’hui en France?

Vous me direz que ces femmes ont «choisi» de porter le voile ou la burqa librement… Le croyez-vous? Sincèrement? Peut-on parler de choix libre et éclairé lorsque celui-ci résulte de pressions continues, quotidiennes, de la communauté et des religieux qui sont de plus en plus présents dans les quartiers oubliés de la République? Croyez-vous comme Esther Benbassa que les «femmes mettent le voile pour être tranquilles dans leur cité» ont vraiment fait un choix?

Le voile ou les insultes, le voile ou les agressions…jusqu’à ce qu’elles cèdent… Il ne s’agit pas de choix, il s’agit de renoncement et de peurs…Et tout cela se passe chez nous en France!

Ces femmes ont été abandonnées par des politiques lâches et incapables de se saisir de ces sujets par crainte d’être insultés d’islamophobe, de raciste, voire de colonialiste… et bien trop inquiets de perdre ce soit-disant «vote musulman» à quelques mois des Régionales. Mais les musulmans eux-même sont exaspérés par ces comportements ostentatoires, d’un autre temps, de cette minorité bien trop visible qui stigmatisme toute une population qui n’aspire pourtant qu’à vivre en France comme tout le monde, en laissant la religion à la sphère intime, dans le respect des valeurs de la République.

Madame La Ministre, par lâcheté vous avez déserté la cause des femmes. Vous méprisez les femmes des quartiers (dont vous avez pourtant la responsabilité en tant que Ministre de la ville) dont les conditions de vie se dégradent au fur et à mesure que le repli identitaire et l’islamisme progressent.

Le déni de réalité dont vous faites preuve, vous permet certainement de ne pas vous exposer et de naviguer sans heurts au sein du Gouvernement de Manuel Valls. Mais votre féminisme petit bourgeois, couard et sans valeur, préfère oublier les femmes des quartiers, piétiner la laïcité, éviter de s’engager dans un combat qui aurait été pourtant pour vous l’occasion de vous inscrire dans la lignée des grandes féministes qui vous ont précédée à ce Ministère.

 

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Tribune pour le Figaro « Les Femen, meilleures ennemies du féminisme ? »

24 avr

Les Femen, emmenées par Inna Shevchenko, multiplient les happenings, le dernier en date visant le Front national. Pour la féministe Lydia Guirous, leurs provocations nuisent à la cause féministe, en dénaturant et caricaturant un combat pourtant essentiel.

Les Femen, meilleures ennemies du féminisme ?

Comment comprendre les Femen qui parfois sont seins nus dans des églises en France, parfois seins nus devant une mosquée, parfois devant une centrale nucléaire et maintenant à la conférence de presse du Front national? Sont-elles des militantes antiracistes, activistes écologistes, bouffeuses de curés, des féministes ou des icônes? On s’y perd, on ne sait pas, mais le savent-elles?

Que retient-on des actions des Femen? Rien. Si ce n’est leur hystérie et leur nudité. On peut montrer ses seins pour attirer les caméras et les photographes mais pas pour porter un message politique crédible et compréhensible. Les Femen se font malheureusement plus voir qu’entendre et elles contribuent à alimenter l’image de la femme objet hyper sexualisée et c’est en cela qu’elles trahissent et nuisent à la cause féministe. La ficelle du corps objet politique de combat est trop grossière. Dans les pays occidentaux et dans notre société de la communication et de l’ «infotainment», la multiplication des images et des actions amènera inexorablement à la banalisation des actions des Femen.

En tant que féministe, je pense que le féminisme a pour fondement la tolérance et le respect, et pour conséquence l’égalité entre les hommes et les femmes. Si le combat féministe est un combat de longue haleine qu’il faut constamment mener car il suppose un changement culturel, en aucun cas, il ne peut s’associer à ce type de mouvement provocateur et insolent. Soutenir les Femen, c’est jouer contre les femmes et contre la République.

Les Femen considèrent les femmes qui ne partagent pas leur opinion comme des «fascistes». Elles ont une vision monolithique du féminisme et décident de ce qui «bon» et «vrai». Cette vision nie le travail de longue haleine que mènent de très nombreuses femmes engagées en France. Elles oublient également que la lutte pour les droits des femmes s’est accomplie sur plusieurs décennies, voire plusieurs siècles… en France, notamment. Il ne suffit pas de quelques seins et quelques tweets pour moderniser une société, une culture. Par leurs actions, les Femen perturbent le travail des féministes. Elles caricaturent le féminisme, cristallisent les tensions et radicalisent les sociétés.

Elles laissent une image déplorable du féminisme qu’elles tentent de cannibaliser à force de happenings hyperscénarisés dont les médias sont si friands. Elles sont de «bonnes clientes», elles ont des slogans … et tant pis si derrière ces seins il n’y a jamais une proposition pour faire avancer l’égalité hommes-femmes.

Montrer ses seins pour obtenir l’égalité hommes-femmes c’est un non-sens, voire une régression des combats féministes menés depuis les années 1970 car finalement des actions seins nus, on ne retient que les seins nus. Ce sont de vieilles recettes de happening politique et du sensationnel remises aux goûts du jour… Femen ce n’est pas le nouveau féminisme… c’est du réchauffé.

Elles alimentent le culte de la femme-objet, sexualisée à outrance et à la merci des hommes et de leurs désirs. La libération du corps et de la sexualité acquis par les luttes féministes ne doit pas se transformer en exhibition sexuelle à vertu politique. Le féminisme des années 1970 pour la liberté sexuelle des femmes ne peut pas être le même que le féminisme des années 2000 pour l’égalité salariale, la parité, la lutte contre les stéréotypes…

En France, nous avons fait évoluer le féminisme vers la mise en place de politiques publiques crédibles qui rééquilibrent notre société. Les Femen par leur action veulent le ramener plusieurs décennies en arrière. Résultat: avant les féministes intriguaient… aujourd’hui, par amalgame avec les Femen, elles provoquent le rejet.

Malheureusement les Femen n’ont pas intégré cette évolution et n’ont pas compris que la situation des Françaises n’est pas celle des Ukrainiennes, des Tunisiennes ou des Indiennes. Nous ne sommes pas au même niveau d’évolution de nos droits. La meilleure façon de porter le féminisme consiste en premier lieu à le sortir de l’idéologie de la révolte, de cette forme de lutte des classes sexuée dans lequel on a voulu l’engluer et d’en faire une politique publique de réduction des inégalités.

Finalement, les Femen c’est comme le communisme, c’est la révolution avortée. Leur chute du mur de Berlin, c’est la fermeture de leur local et les récentes révélations sur l’origine du mouvement dirigé par un obscur pervers narcissique macho souhaitant humilier la cause des femmes dans le monde. Ce mouvement d’essence marxiste est voué à l’échec comme le communisme a échoué partout dans le monde sauf dans quelques dictatures…

Tribune du 24 avril 2014 pour le Figarovox ici

 

70 ans du droit de vote féminin: les femmes sont-elles moins combatives en politique par nature ou parce qu’on les éduque à ça ?

24 avr

Interview pour Atlantico le 21 avril 2013

70 ans du droit de vote féminin : les femmes sont-elles moins combatives en politique par nature ou parce qu’on les éduque à ça ? 

Cela fait aujourd’hui 70 ans que les femmes ont obtenu le droit de vote, et pourtant elles n’ont toujours pas rattrapé leur retard sur les hommes en politique : elles ne représentent que 27 % des députés à l’Assemblée nationale, et aucune n’a encore accédé à l’Élysée.

Atlantico : C’est le 21 avril 1944 que les femmes ont obtenu le droit de voter et d’être élues, et ce grâce à une discrète ordonnance produite lors de la Libération. Pourtant, encore aujourd’hui, elles ne sont que 27 % à l’Assemblée nationale. A quoi cela est-il dû ? Les femmes sont-elles par nature moins enclines que les hommes à s’investir dans des fonctions politiques ? 

Lydia Guirous : Je crois que l’on ne peut pas corriger quasiment deux millénaires de sociétés patriarcales en 70 ans. Toutefois, les choses évoluent dans le bon sens et même plutôt vite. Certes 27%, c’est encore faible, bien que l’objectif ne soit pas non plus une parité arithmétique parfaite, qui serait plus une caricature qu’autre chose. En revanche, ce qui est plus intéressant à signaler depuis 70 ans, c’est que l’ensemble des structures et des viviers de pouvoir se sont féminisés : les grandes écoles, la haute-fonction publique, les cabinets ministériels, les médias…Finalement, l’ensemble des tremplins vers l’exercice du pouvoir politique est ouvert aux femmes…à elles de faire leur place progressivement car les hommes ne la leur laisseront pas facilement.

Atlantico :  Il est surprenant qu’après 70 années les choses aient aussi peu évolué dans la répartition des responsabilités politiques entre hommes et femmes. Le poids de l’éducation est-il encore là ? Insidieusement, notre société les éduque-t-elle encore à se mettre en retrait de ce domaine ?

Je ne partage pas votre point de vue, notamment en ce qui concerne les jeunes femmes de ma génération ou celle d’après. C’est sans doute vrai pour les femmes plus âgées qui restent souvent partagées entre un désir total d’émancipation et de parité et en même temps plongées dans la reproduction de mécaniques patriarcales, comme leurs mères ou leurs sœurs. Pour les femmes plus jeunes, il n’y a plus de barrières éducatives…si barrières il existe, elles sont plus psychologiques que socio-éducatives.

 Atlantico : Les métaphores claniques et guerrières sont nombreuses en politique. Le côté belliqueux plaît-il aux hommes, et à l’inverse a-t-il tendance à rebuter les femmes ? Est-ce le signe qu’il faudrait changer la manière de faire de la politique ?

La politique est un monde violent et le côté belliqueux de cet exercice n’est pas que rhétorique… il correspond à une réalité. Mais au risque de vous surprendre, ce n’est pas au monde politique de s’adapter aux femmes, mais l’inverse. Et d’ailleurs, elles le font… certaines avec un très grand zèle ! Cessons de victimiser les femmes ou de les faire passer pour de petits êtres fragiles et sous tutelle ou domination masculine… Les femmes en politique sont des hommes comme les autres.

 - Atlantico : Michèle Alliot-Marie déclarait dans une interview à Atlantico (voir ici) qu’en politique, « beaucoup de femmes sont plus misogynes que les hommes. » Etes-vous d’accord avec cette déclaration, et quelle explication lui donner ?

Je suis tout à fait d’accord avec elle. Je rajouterai même que souvent en politique, les pires ennemis des femmes sont les femmes elles-mêmes. Les femmes en politique sont des courtisanes comme les autres, et pour parvenir à atteindre leurs buts, elles sont prêtes à « tuer » leurs propres sœurs (toutes celles qui leurs ressemblent). La fin justifie les moyens… C’est peu glorieux et peu moral, mais les univers de pouvoir sont souvent comme cela…

Atlantico : Plus nombreuses à des postes de décision, que peuvent-elles apporter à la manière dont les affaires du pays sont menées ? Quelles seraient les vertus d’une classe politique davantage féminisée ?

Ne comptez pas sur moi pour vous dire que les femmes ont des qualités spécifiques à leur sexe et que la politique faite par les femmes serait différente de celle menée par les hommes. Tout cela est ridicule et entretient une différentiation artificielle qui finalement fragilise les femmes. Les femmes ont les mêmes qualités que les hommes, c’est d’ailleurs pour cela qu’elles représentent la moitié des promotions de l’ENA, d’HEC, 60% des promotions d’avocates et plus de 80% des promotions de magistrats ! Comment certains peuvent-ils dans ces conditions continuer à entretenir le mythe de la différence de management entre les femmes et les hommes ! Tout cela est ridicule : les femmes sont des hommes politiques comme les autres et des managers et des professionnels comme les autres.

 Lien vers Atlantico ici  

IVG : Lydia Guirous invitée du Grand Soir 3 (vidéo)

22 jan

Lydia Guirous était l’invitée du journal « Le Grand Soir3″, lundi 21 janvier, pour
réagir sur le projet de loi sur l’égalité hommes-femmes et l’IVG

Débat sur la prostitution et les violences faites aux femmes avec Chantal Jouanno

29 nov

Introduction et modération par Lydia Guirous.

 

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« Je remercie Chantal Jouanno de nous faire le plaisir et l’amitié de venir ce soir nous parler de ce sujet sur lequel tu t’investis beaucoup. Chantal Jouanno, ancienne Ministre et sénatrice de Paris très active sur la question des Droits des femmes et notamment dans le débat actuel sur la nouvelle loi sur la prostitution. Tu es également Vice-présidente de l’UDI.

Je remercie également de sa présence amicale, Ann-Katrin Jégo Présidente du Club des 52% de l’UDI.

Alors pourquoi ce sujet ?

• D’une part parce que nous sommes à la veille de la journée des violences faites aux femmes, et que malheureusement ce sujet reste toujours d’actualité. Une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint…

• D’autre part, dans le cadre de la campagne des municipales à Paris, dans le centre de Paris ce sujet présente une acuité particulière. Nous sommes à proximité de la rue Saint-Denis, … qui comme chacun le sait, est un lieu important de la prostitution parisienne.

A ce titre et pour diverses raisons (dignité humaine, nuisance,sécurité), il paraissait impératif d’aborder avec vous ce sujet.

Pour moi, la position abolitionniste, soutenue par la plupart des associations à l’exception du STRASS (syndicat des travailleurs du sexe) est la plus conforme à notre vision à l’UDI de ce que doit être la dignité humaine dans une démocratie moderne.

La prostitution est une servitude archaïque qu’il faut faire reculer. Les députés sont dans leur rôle en faisant une proposition de loi pour pénaliser la demande, soutenus par le gouvernement et par les associations féministes.

En effet, il y a une totale dissymétrie entre le client qui cherche son plaisir, une fois de temps en temps, et la personne qui doit subir des relations sexuelles en série, au mépris de sa sensibilité et de son propre désir.

Le commerce de la chair est une négation de la personne, et c’est ce que l’opinion accepte de plus en plus mal.

A Paris, il y a deux types de prostitution: 

Une partie des prostituées sont des prostituées « indépendantes » dite « traditionnelles», elles sont souvent des femmes mûres, de nationalité française. Elles sont aujourd’hui minoritaires et créé peu de nuisances.

Une autre partie de la prostitution, est une prostitution de personnes plus jeunes, souvent étrangères, (asiatiques, d’europe de l’est et d’afrique). Souvent sans papiers et sous le joug de proxénètes… 

La loi de 2003 sur le racolage, que le nouveau texte souhaite remettre en question, n’a pas permit de faire disparaître la prostitution. Elle l’a déplacées…sur internet pour les plus jeunes et dans les bois pour les autres. »

Questions de Lydia Guirous à Chantal Jouanno. 

Intervention de Lydia Guirous sur l’importance d’une meilleure prise en charges des violences psychologiques

Intervention de Ann-Katrin Jégo / Présentation du Club 52% de l’UDI

Débat avec le public. 

 

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