Rachel Garrat-Valcarcel fait partie de ces journalistes dont le parcours professionnel dépasse largement l’étiquette qu’on leur colle. Connue pour son engagement en faveur d’un traitement médiatique respectueux des personnes trans, elle est aussi une voix de l’actualité générale, de la politique aux séries cultes. Raconter son parcours avant et maintenant, c’est suivre une trajectoire où la transition personnelle et l’évolution professionnelle se nourrissent mutuellement.
Rachel Garrat-Valcarcel avant sa transition : une journaliste déjà engagée
Avant même que la question de la transidentité ne devienne un sujet médiatique récurrent en France, Rachel Garrat-Valcarcel travaillait dans la presse écrite et numérique. Ses premières signatures apparaissent notamment à 20 Minutes, où elle couvre des sujets de politique nationale : débats parlementaires, dossiers budgétaires, actualité gouvernementale.
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Ce détail compte. Il montre que son socle professionnel repose sur le journalisme généraliste, pas sur une niche militante. Une de ses publications pour 20 Minutes est même citée dans l’article Wikipédia consacré à François Bayrou, ce qui témoigne de la solidité de son travail factuel.
La création de l’Association des journalistes LGBTI (AJL) en 2013 marque un tournant. L’association naît dans le contexte de la Manif pour tous, quand plusieurs journalistes constatent des manquements déontologiques dans la couverture des minorités. Rachel Garrat-Valcarcel rejoint le mouvement et en devient co-présidente.
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Transition et visibilité à l’antenne : ce qui change concrètement
Vous avez peut-être découvert Rachel Garrat-Valcarcel à travers un podcast ou une émission de France Inter. Depuis 2023, elle est régulièrement créditée dans l’équipe éditoriale de podcasts consacrés aux séries cultes, un format grand public qui n’a rien à voir avec les questions de genre ou de militantisme.
Ce glissement est significatif. Passer d’articles écrits à la production audio grand public suppose une reconnaissance par les rédactions, une confiance dans la capacité à toucher un large auditoire. Ce n’est pas un hasard si ce virage coïncide avec sa transition : la visibilité nouvelle qu’elle acquiert en tant que femme trans à l’antenne s’accompagne d’une diversification de ses sujets.
Concrètement, Rachel Garrat-Valcarcel intervient maintenant sur des formats variés :
- La production et la co-écriture de podcasts culturels sur France Inter, centrés sur les séries et la pop culture
- Des prises de parole sur le traitement médiatique des transidentités, notamment lors de l’émission OUT organisée par l’AJL et Madmoizelle
- Des articles et analyses de politique nationale, héritage direct de ses années à 20 Minutes
Cette polyvalence est rare dans le paysage médiatique français. Beaucoup de journalistes trans restent cantonnés aux sujets LGBTI par les rédactions. Rachel Garrat-Valcarcel a refusé cette assignation thématique.
Représentation des personnes trans dans les médias français : où en est-on ?
L’émission OUT, dont la deuxième édition s’est tenue en juin 2021 sur la chaîne Twitch de Madmoizelle, portait un titre explicite : « Personnes trans dans les médias : on attend encore la transition ! ». Rachel Garrat-Valcarcel en était la présentatrice.
Le constat qu’elle dresse est net. Les personnes trans sont encore majoritairement abordées sous l’angle du fait divers ou du témoignage intime. Rarement comme des professionnelles exerçant un métier, apportant une expertise, couvrant l’actualité politique ou culturelle au même titre que leurs collègues cisgenres.
L’AJL travaille depuis sa création à sensibiliser les rédactions sur ces biais. L’association produit des guides de bonnes pratiques et intervient dans les écoles de journalisme. Rachel Garrat-Valcarcel y voit plus qu’une question militante : c’est un enjeu de déontologie professionnelle.
Ce que les rédactions peinent encore à intégrer
Le problème ne se limite pas au vocabulaire (mégenrage, usage du deadname). Il touche la structure même du traitement : qui invite-t-on comme experte sur un plateau ? À qui confie-t-on un sujet politique ? Le réflexe de cantonner une journaliste trans aux sujets LGBTI persiste dans la majorité des rédactions françaises.
Rachel Garrat-Valcarcel incarne l’alternative. Sa présence dans des podcasts culturels grand public démontre qu’une journaliste trans peut traiter n’importe quel sujet, exactement comme n’importe quel autre membre d’une rédaction.

Parcours de Rachel Garrat-Valcarcel : ce que « avant et maintenant » révèle
L’expression « avant et maintenant » appliquée à une personne trans charrie souvent une curiosité malsaine, centrée sur l’apparence physique. Le parcours de Rachel Garrat-Valcarcel mérite un autre regard.
« Avant », c’est une journaliste politique rigoureuse qui signe des papiers sur François Bayrou et les débats parlementaires. « Maintenant », c’est la même rigueur appliquée à des formats nouveaux, avec une dimension supplémentaire : la capacité à faire bouger les pratiques d’une profession entière.
Ce qui a changé entre les deux périodes ne se résume pas à une transition de genre. C’est aussi une transition de média (de l’écrit vers l’audio), de posture (de la signature discrète vers la présentation à l’antenne) et d’influence (de l’article factuel vers la formation des rédactions via l’AJL).
Un positionnement qui dépasse le témoignage personnel
Rachel Garrat-Valcarcel ne se présente pas comme une figure inspirante. Elle se présente comme une journaliste qui fait son travail. Cette posture est politique en soi : elle refuse de transformer sa transition en récit de résilience calibré pour les réseaux sociaux.
Son engagement à l’AJL vise des résultats concrets :
- La formation des étudiants en école de journalisme au traitement des sujets liés aux minorités
- La production de recommandations déontologiques à destination des rédactions
- L’organisation d’événements publics pour créer un dialogue entre journalistes, associations et public
Le parcours de Rachel Garrat-Valcarcel montre qu’expertise et visibilité trans ne s’opposent pas. Les rédactions qui l’ont intégrée à leurs équipes éditoriales – France Inter en tête – l’ont compris. La question reste de savoir combien d’autres suivront.

