La filmographie de John Nettles ne se réduit pas aux quelque vingt-cinq ans passés à incarner deux détectives emblématiques de la télévision britannique. Avant Bergerac, pendant Midsomer Murders et après, l’acteur a construit un parcours d’une cohérence surprenante, traversant les genres et les formats avec une sélectivité croissante au fil des décennies.
Les premières apparitions télévisées avant Bergerac
John Nettles commence à travailler à l’écran au début des années 1970, dans un contexte de télévision britannique de répertoire où les acteurs de formation classique tournaient beaucoup pour la BBC. En 1971, il incarne le Dr Ian Mackenzie dans le drame familial A Family at War, production chorale qui reconstituait la vie d’une famille anglaise pendant la Seconde Guerre mondiale.
Sa carrière de cette période est celle d’un acteur de télévision d’ensemble, pas encore d’un protagonist. Il passe par des séries comme The Liver Birds, Dickens of London et Robin of Sherwood, autant de productions qui caractérisent le paysage télévisuel britannique de l’époque. Ces rôles secondaires ou récurrents dessinent une trajectoire qui précède de plusieurs années son entrée dans Bergerac.
Cette phase est importante pour comprendre l’acteur : Nettles n’a pas été révélé par le rôle de Jim Bergerac, il y est arrivé avec une expérience déjà solide du petit écran. Sa formation classique au théâtre conditionne directement sa manière d’habiter des personnages secondaires, même dans des formats populaires.
Téléfilms policiers dans Midsomer Murders : les épisodes hors série
Pendant les années passées à jouer Tom Barnaby dans Inspecteur Barnaby (Midsomer Murders), Nettles ne se cantonne pas à la seule série. Le format de Midsomer Murders, qui produit des épisodes longs fonctionnant presque comme des téléfilms autonomes, lui permet paradoxalement de rester actif dans des registres voisins.

Les titres référencés dans sa filmographie de cette période comprennent des épisodes comme La somnambule, L’épée de Guillaume, Du sang sur les éperons, Le Monte-en-l’air ou encore Les Fantômes de March Magna – tous inscrits dans l’univers Midsomer, mais traités comme des unités narratives distinctes. Pour le public français qui a suivi la série sur France 3, ces épisodes portent chacun un titre propre, ce qui brouille parfois la lecture de la filmographie.
Il faut distinguer dans cette liste ce qui relève strictement de la série et ce qui a été diffusé sous forme de téléfilm isolé. La frontière entre épisode long et téléfilm autonome est floue dans la distribution française de Midsomer Murders.
Le Chien des Baskerville et les adaptations littéraires
L’une des entrées les plus intéressantes de la filmographie de Nettles hors de ses deux grandes séries est son passage dans Le Chien des Baskerville. Cette adaptation du roman de Conan Doyle lui donne accès à un répertoire d’adaptation littéraire classique, éloigné du policier de prime time.
Pour Nettles, cette adaptation illustre une capacité à intégrer des productions ponctuelles sans remettre en question son ancrage dans la série télévisée.
- Le Chien des Baskerville : adaptation Sherlock Holmes dans laquelle Nettles apparaît dans un rôle qui l’éloigne du cadre policier contemporain habituel.
- One More Time : production référencée dans sa filmographie cinéma, avec une note plus basse, qui témoigne d’une participation à des projets de format différent.
- La Grande Muraille, l’âme de la Chine : documentaire ou production audiovisuelle qui signale un intérêt pour des formats non fictionnels, cohérent avec ses activités ultérieures.
Poldark et la carrière post-Midsomer : des rôles délibérément secondaires
Après avoir quitté Inspecteur Barnaby, Nettles ne cherche pas à revenir comme tête d’affiche dans une nouvelle série policière. Son apparition dans Poldark à partir de 2015 est symptomatique de cette orientation : il y incarne Ray Penvenen, personnage secondaire dans une série d’époque produite par la BBC, sans lien avec le registre policier qui avait fait sa notoriété.
Ce choix de rôles secondaires dans des séries de prestige marque une rupture nette avec le format de la série-enquête. Poldark est une adaptation du cycle romanesque de Winston Graham, centrée sur la Cornouailles du XVIIIe siècle. Le rôle de Penvenen n’appelle pas le même type de présence à l’écran que Barnaby ou Bergerac : c’est un rôle d’acteur de composition, pas de protagonist récurrent.
L’activité documentaire et historique après la fiction télévisée
Une partie de ce que Nettles a produit après Midsomer Murders n’appartient pas à sa filmographie d’acteur au sens strict. Il a consacré plusieurs projets à l’histoire de l’occupation allemande des îles Anglo-Normandes, sujet directement lié à Jersey où se déroule Bergerac, et a publié un livre sur ce thème en 2012.
Cette bifurcation vers le documentaire et l’écriture historique est cohérente avec son parcours : John Nettles a toujours articulé son travail d’acteur avec un intérêt soutenu pour l’histoire britannique. Cette orientation informe sa manière d’aborder les projets non fictionnels.
- Documentaire sur l’occupation des îles Anglo-Normandes : projet audiovisuel en plusieurs parties sur la présence allemande à Jersey et Guernesey pendant la Seconde Guerre mondiale.
- Publication en 2012 d’un livre sur le même sujet, qui prolonge le travail documentaire dans un autre format.
- Participation à des productions historiques télévisées ponctuelles, cohérentes avec cet axe de travail.
Lire la filmographie de John Nettles sans la réduire au policier
La difficulté avec la filmographie de Nettles est que les bases de données comme IMDb ou Allociné organisent les crédits de manière chronologique et indifférenciée, sans distinguer ce qui relève d’un rôle principal, d’une apparition secondaire ou d’un format documentaire. Cela produit une liste longue où les titres emblématiques écrasent tout le reste.
Les entrées les plus révélatrices de son étendue réelle ne sont pas les plus regardées : A Family at War en 1971 montre un jeune acteur de composition dans un drame d’époque ambitieux ; Robin of Sherwood signale une capacité à s’intégrer dans des productions fantastiques ou historiques ; Poldark confirme une présence à l’écran qui s’est adaptée aux formats contemporains sans en faire le centre d’une nouvelle carrière de tête d’affiche.
Sa filmographie, prise dans son ensemble, est celle d’un acteur britannique de télévision dont deux rôles ont saturé la perception publique. Les marges de ce parcours, moins visibles, sont souvent plus révélatrices de ses choix réels que les séries qui ont fait de lui une figure familière du petit écran français.

