Le tapage nocturne en copropriété ne se résout pas avec un simple courrier de rappel. Depuis la codification de l’article 1253 du Code civil par la loi du 15 avril 2024, le régime de responsabilité pour troubles anormaux du voisinage a changé de base légale, et les syndics qui continuent d’appliquer les anciens réflexes s’exposent à une mise en cause directe.
Article 1253 du Code civil : ce que la loi de 2024 change pour la copropriété
La loi n° 2024-346 du 15 avril 2024 a inscrit le trouble anormal de voisinage dans le Code civil, à l’article 1253. Avant ce texte, la matière reposait sur un principe jurisprudentiel construit depuis les années 1980, sans ancrage législatif clair.
Le changement majeur pour les copropriétés : le locataire auteur du trouble peut être poursuivi directement sur le fondement de cet article, sans passer obligatoirement par le bailleur. Un copropriétaire victime de tapage nocturne n’a plus à attendre que le propriétaire du lot concerné agisse contre son locataire. L’action civile peut viser l’occupant lui-même.
Cette évolution modifie la stratégie contentieuse en copropriété. Nous observons que les praticiens cumulent désormais les défendeurs dans une même assignation : le locataire bruyant sur le fondement de l’article 1253, et le syndic (ou le syndicat des copropriétaires) pour carence lorsqu’il a été alerté par écrit sans réagir.

Syndic en carence face au tapage nocturne : quand la responsabilité bascule
Le syndic n’est pas un médiateur bénévole. Il est le mandataire du syndicat des copropriétaires, tenu de faire respecter le règlement de copropriété en application de l’article 18 de la loi du 10 juillet 1965.
Obligation d’agir après signalement écrit
Quand un copropriétaire signale par courrier recommandé des nuisances sonores récurrentes, le syndic doit engager des démarches concrètes. Cela inclut au minimum l’envoi d’une mise en demeure au contrevenant et, si le trouble persiste, l’inscription du sujet à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale pour autoriser une action judiciaire.
L’absence de réaction caractérise un défaut de diligence du syndic. Ce manquement expose le syndicat des copropriétaires à une condamnation solidaire avec l’auteur du trouble. Nous recommandons de constituer un dossier daté : courriers envoyés, accusés de réception, constats d’huissier, mains courantes.
Limite du mandat
Le syndic ne peut pas engager une action en justice au nom du syndicat sans habilitation de l’assemblée générale. C’est un point que beaucoup de copropriétaires ignorent. La mise en demeure relève du pouvoir propre du syndic, mais l’assignation devant le tribunal judiciaire nécessite un vote en assemblée.
Règlement de copropriété et clauses anti-bruit : portée réelle en cas d’amende
Le règlement de copropriété est un document contractuel opposable à tous les occupants de l’immeuble, y compris les locataires. Ses clauses relatives au bruit vont souvent au-delà du cadre légal.
- Certains règlements interdisent tout bruit de travaux le samedi après-midi et le dimanche, alors que les arrêtés municipaux autorisent parfois des créneaux le samedi
- D’autres imposent le revêtement de sol souple (moquette, parquet flottant avec sous-couche acoustique) dans les pièces de vie, avec des seuils d’isolation phonique précis
- Des clauses de jouissance paisible peuvent prévoir des pénalités contractuelles en cas de manquement répété, distinctes de l’amende pénale pour tapage nocturne
La clause du règlement prime sur l’arrêté municipal quand elle est plus restrictive. Un copropriétaire qui respecte les horaires de la mairie mais viole ceux du règlement de copropriété s’expose à une action du syndicat.
Amende pour tapage nocturne : procédure pénale et articulation avec l’action civile
Le tapage nocturne est une contravention de troisième classe réprimée par l’article R. 623-2 du Code pénal. La constatation relève des forces de l’ordre ou des agents municipaux habilités. Aucune mesure acoustique n’est requise la nuit : le simple fait d’être entendu suffit à caractériser l’infraction entre 22 h et 7 h.
L’amende forfaitaire et l’action civile en trouble anormal de voisinage sont deux voies distinctes et cumulables. Un copropriétaire peut déposer une main courante, demander l’intervention de la police pour faire dresser un procès-verbal, puis parallèlement agir en réparation devant le tribunal judiciaire sur le fondement de l’article 1253 du Code civil.
- La voie pénale sanctionne l’auteur du tapage par une amende contraventionnelle
- La voie civile permet d’obtenir des dommages-intérêts pour le préjudice subi (trouble de jouissance, impact sur la santé)
- L’action contre le syndic en carence s’ajoute si le syndicat n’a pas rempli ses obligations de mise en demeure et de saisine de l’assemblée générale

Copropriétaire ou locataire bruyant : qui viser et devant quel tribunal
Le choix du défendeur dépend du statut de l’occupant et de la nature de l’action. Si l’auteur du tapage est copropriétaire, il est directement attrait devant le tribunal judiciaire. S’il est locataire, l’article 1253 permet de le viser sans détour, mais le bailleur reste solidairement concerné en tant que garant de la jouissance paisible promise aux autres copropriétaires.
En pratique, viser simultanément le locataire, le bailleur et le syndicat augmente les chances d’obtenir une décision exécutoire rapide. Le tribunal judiciaire est compétent pour les actions en trouble anormal de voisinage, quel que soit le montant de la demande depuis la fusion des juridictions civiles de première instance.
Un constat d’huissier réalisé en période nocturne reste la pièce maîtresse du dossier. Les enregistrements audio ou vidéo réalisés par le plaignant sont recevables à titre de preuve, sous réserve de ne pas porter atteinte à la vie privée du mis en cause. Les témoignages écrits de plusieurs voisins renforcent considérablement la démonstration du caractère anormal et répété du trouble.
Le règlement de copropriété, l’article 1253 du Code civil et la contravention pénale forment trois leviers distincts. Les actionner ensemble, avec un syndic réactif et un dossier probatoire solide, reste la méthode la plus efficace pour mettre fin à un tapage nocturne persistant en immeuble collectif.

